Epargne, Intérêt et Banque de dépot en système zoulou (5)

Ainsi nos zoulous coulaient d’heureux jours dans leur île, s’échangeant biens et services à l’aide de pièces d’or frappées au profil aquilin de Zouzous 1er .  

Zouzous 1er, soucieux de laisser sa trace de despote débonnaire proposa , pour le bien de tous, de creuser un canal permettant d’acheminer les pirogues au centre du village et menant, de plus, à son nouveau palais plus confortable. N’arrivant pas, après de nombreux débats participatifs, à mettre en place un système de corvée tournante, il leva des impôts avec lesquels il paya le travail nécessaire : ce procédé fut finalement mieux accepté. La réalisation fut un grand succès. 

On découvrit , au décès de la grand-mère d’ Aristide qui avait la manie de thésauriser, une fortune considérable sonnante et trébuchante dans son oreiller en feuilles de bananier . Aristide était déjà dans l’aisance et il décida , avec les possibilité que lui offrait cette somme, de construire une super-pirogue-à-roue, bien plus efficace que les ordinaires, et qui utiliserait le canal déjà construit . Ce fut un grand succès . Aristide en sortit bien plus riche que sa grand-mère …

Ces deux réalisation frappèrent les esprit. La monnaie avait ce pouvoir , en s’accumulant en quantité élevée, de permettre la réalisation d’un projet collectif . C’était comme du temps concentré, pour le plus Grand Bien du Grand Tous, quoiqu’ Aristide ait bien su en tirer quelques marrons du feu. 

Un grand projet vint alors à l’esprit de Théo , qui n’avait pas d’argent : construire une sorte de marché, le long du canal, où il serait plus aisé de vendre le poisson. Il proposa à Benoît l’orfèvre qui gardait pour le compte de quelques zoulous (Pierre, Paul et Jacques) leurs économies en sécurité, d’obtenir une autorisation de les lui prêter , moyennant une petite récompense à tous. Benoît se souvint des opérations de Zouzou 1er et d’Aristide examina le projet , le trouva très séduisant. et prêta la somme avec obligation de la lui rendre augmentée d’un chouia , pour le service. Ce fut un succès. Théo remboursa Benoît et donc Pierre, Paul et Jacques, et en tira de substantiels bénéfices .  

Benoît prit l’habitude lucrative de prêter l’argent qu’on lui confiait, avec , en principe l’accord des déposants . Il baptisa son affaire « Banque de dépôt »  Les zoulous constatèrent donc qu’ une concentration d’épargne, quelles qu’en soient l’origine et la manière , permettait en elle même une sorte d’accélération de projets à une échelle collective.
Ils notèrent également qu’un intérêt versé en contrepartie d’un prêt permettait de mobiliser ces moyens plus facilement. Néanmoins Zouzou 1er, prudent, exigea que cette usure, surtout celle au bénéfice de la banque de Benoît, ne fut point trop élevée, pour des raisons de vulgaire jalousie mais aussi d’ordre social et d’efficacité économique . Aussi y appliqua-t-il une taxe afin de ‘réguler’ ces mécanismes qui lui échappaient de par trop . 

L’ harmonie semblait veiller sur ce système de tuyaux et vases communicants rassurant pour l’esprit : l’argent immobilisé (quelle qu’en soit la raison) avait une  vocation ‘naturelle’ à servir à des investissements , avec grande efficacité . La même masse monétaire pré-existante circulait : rien ne se créait vraiment et rien ne se perdait puisqu’on recyclait les fluides monétaires.

Les commentaires sont fermés.