Battre monnaie , 1ere politique monétaire zoulou ! (3)

(Suite de l’épisode 2 …)

Les zoulous avaient donc choisi l’or comme substrat monétaire , remplaçant ainsi peu à peu la monnaie bio-écolo en   coquillages bleus à taches rouge et jaune .

La valeur irrationnelle , universelle et intrinsèque de ce métal rendit l’usage de cette la monnaie particulièrement efficace malgré la confusion qu’elle provoquait entre les notions de ‘valeur’ , de ‘richesse’ . Elle n’en jouait que mieux son rôle de « ticket » d’échange des biens et services ou de « droit au porteur ».

Cependant plusieurs incidents firent comprendre aux habitants du pays Zoulou que la monnaie , quelle qu’elle soit , bien que conçue comme un simple outil neutre, au service des produits du travail des hommes, était un instrument délicat et fragile qui pouvait dézinguer l’économie d’un pays.

- Ainsi la découverte d’un formidable gisement d’or , dans l’ île voisine des pygmées entraîna un accroissement de leur richesse dans un premier temps , cependant accompagné d’ une hausse du prix des choses , suivie de désordres, avec enrichissements anarchiques de certains , mais dont finalement , après de curieux déplacements de richesses, les pygmées ressortirent plutôt appauvris.

- Ainsi une sorte de disparition des signes monétaires dans certaines peuplades , suite à quelques pillages donna lieu à des baisse de prix : la monnaie elle même devint paradoxalement une sorte de denrée plus chère,  le troc réapparut , d’autres signes monétaires  circulèrent et une étrange langueur s’abattit sur l’activité 

- On remarqua alors l’apparition de mécanismes de prêts d’argent moyennant usure ou intérêt , pouvant aboutir à des déplacements de richesses inacceptables qui brisaient l’esprit initial du troc que la monnaie n’était sensée qu’améliorer : longtemps cette pratique fut très mal vue, voire interdite. 

- Certaines îles utilisèrent de l’or considérablement altéré par des mélanges . La méfiance s’installa entre les îles et les échanges économiques en furent ralentis.

Bref, conscient que la gestion et le contrôle de la quantité et de la qualité des signes monétaires étaient capitales et essentiels au bon fonctionnement d’une économie , et qu’ils devaient être maîtrisés , il fut confié au Pouvoir central Zoulou , en tant que représentant théorique du B.C.N. (Bien Collectif National) , le privilège de tenter une sorte de contrôle de la qualité et de la quantité de cette monnaie, et d’en définir également quelques règles d’utilisation.Ainsi le Prince eut-il le privilège de battre monnaie, donc frapper des monnaies divisionnaires métalliques , qui constituaient à l’époque l’essentiel de la masse monétaire courante.

Mais, contrairement à une vulgaire croyance zouloue , le pouvoir de battre monnaie n’était pas celui de fabriquer de la monnaie à partir de rien ! La chose était précisement impossible puisque dans sa grande sagesse l’usage avait choisit un signe monétaire que personne ne pouvait inventer  , empêchant ainsi quiconque de s’accaparer la richesse des autres sans une contrepartie en travail.

La Prince avait bien un privilège , mais ce n’était pas un pouvoir : il monétisait pour le compte de la société un or qui ne lui appartenait pas forcément , loin de là,  ou bien son propre or, acquis par impôts, emprunts,  ou même vol  à la limite, mais peu importe.  

Le signe monétaire fondamental ‘officiel’ fut donc la pièce de monnaie, avec l’effigie du Prince Zoulou , irreproductible par quelques secrets de fabrication et de composition , et dont le Pouvoir devait veiller à la qualité par une quantité d’or définie, et à l’universalité c’est à dire au fait qu’elle soit acceptée par tous, pour jouer pleinement son rôle économique.
Une politique monétaire était possible , quoique des métaux et des pierres précieuses
circulassent également , jouant le rôle d’une sorte de ‘monnaie’ moins fluide.

Avouons que l’histoire , la nôtre comme celle des zoulous, nous montra le Pouvoir , dans sa tentative de contrôler la monnaie, souvent animé par bien d’autres préoccupations que celle de réguler l’économie . Mais c’est une autre histoire.
L’avantage de ce système était que , même lorsque le Prince instrumentalisait la monnaie dans un but personnel , de pur pouvoir ou de conquête , du moins ne pouvait-il en aucun cas  » inventer  » la monnaie à son profit total et exclusif .
Ainsi vit on des Etats battant monnaie devenir pauvres et même ruinés , et obliger leur Prince à emprunter à de riches vassaux ou à des banques de dépôt.

La règle d’une impossibilité de création monétaire ex nihilo au profit d’un seul agent économique , était ainsi respectée .

 

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